Mercredi 21 mars 2007

La semaine dernière, dîner avec un dégustateur d’un grand guide, en compagnie des deux vignerons du Domaine de l’Edre de Vingrau : présentation des domaines, dégustation des vins (Edre Blanc 2006 "futur" Grand du Roussillon! Précipitez vous il y en a peu…), questions habituelles et réponses en conséquence. Puis au gré du délicieux repas de " maître Jacques " du restaurant perpignanais Altres, une des questions à laquelle je souhaitais, depuis longtemps, répondre sur mon blog : Pour faire des grands crus doit-on obligatoirement avoir fait ses classes chez de grands vignerons ? En ayant appris une certaine façon de faire, n’en oublions nous pas l’inné au profit de l’acquis ?

Je n’ai jamais éprouvé l’envie d’aller voir ailleurs avant de comprendre le vin que pourrait me donner mes différents terroirs. J’ai opté pour la bonne vieille méthode de l’apprentissage du B.A-BA sur le terrain en vinifiant plus simplement pour de plus grosses structures. Il est important de porter un regard " innocent ", sans préjugé, ni vision arrêtée sur son terroir. Qui plus est dans mon cas où le vignoble existait avant moi…et existera, je le souhaite, après…

Je ne suis pas du genre " …du passé, faisons table rase… " . Le transfert de savoir doit se faire entre générations de vignerons.

Mais aujourd’hui, ayant des idées plus " sûres" sur le vin du Domaine Singla, je peux avoir l’esprit plus libre pour voir ailleurs, et observer le travail d’autres vignerons, sans chercher à l’adapter à ma façon de faire.

Je crois plus au terroir, à mes collines inspirées, à la mémoire des vieilles pierres, au savoir des sages (anciens ou jeunes), qu’aux bancs de l’école…

Je milite pour le droit à l’évolution, au changement, à la différence. Apprendre chez un grand vigneron, n’est ce pas se priver de cet esprit créatif inné du bon vigneron qui sommeille en chacun de nous. N’est-ce pas s’assurer de faire des vins qui ressembleront à ceux d’autres vignerons plus inspirés par leur histoire, et leur Terre ? A nous de faire fructifier cet imperceptible trésor, et de le partager. Je suis toujours étonné, lors des dégustations, de voir qu'une personne puisse percevoir ma façon de faire en buvant simplement un verre de mon vin ! Vraiment magique!

La passionnante mosaïque de terroirs du Roussillon impose à chaque vigneron de regarder sa terre, et de rêver son vin. Faute de quoi il s’interdira d’avoir la joie de voir naître dans sa cave l’expression de la spécificité de son terroir. D’ailleurs, je me pose la question, un vin doit-il refléter un terroir, ou la volonté d’un vigneron ?

 

 

 

 

 

par Laurent de Besombes Singla publié dans : Mes tas d'âmes
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Mercredi 28 février 2007

Un blog un peu silencieux cette dernière semaine. Mais pour une fois, j’ai une bonne excuse !

La semaine dernière, c’était normalement la " semaine Allemagne et barriques ". N’y voyez pas une vilaine comparaison ! Après la visite des sommeliers et vignerons allemands, premières sorties des fûts pour La Crinyane et El Moli 2005, nettoyage des fûts, visite d’un importateur de Cologne et…. naissance de Faustine (Chouette encore une fille !) de bon matin. Depuis vendredi, je suis passé du maniement de la barrique, et de mon allemand " so British  ", au maniement du lave vaisselle, des casseroles, balais, et autre lave linge… une vraie petite fée du logis ! Promis la prochaine fois que l’on me demandera la profession de ma femme, je ne dirai plus " sans profession ".

par Laurent de Besombes Singla publié dans : Le vin, la vie...
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Lundi 19 février 2007

Dans la catégorie des vins qui parlent leur Terroir, le Rivesaltes possède pour moi la place numéro 1. Il est de ces vins qui ne laissent pas indifférents.

Nous avons dans notre famille un lien quasi-fusionnel avec ce nectar. Dans mes souvenirs d’enfance vigneronne , je me rappelle de ces moments où nous quittions avec mon père le confort douillet de la maison pour rejoindre la cave du mas afin d’effectuer un mutage de nuit. Je n’étais pas d’une grande aide à cette époque, mon travail se résumant à vérifier la bonne densité, et à surveiller les possibles fuites. Mais, en y repensant aujourd’hui, je me demande si subversivement les odeurs des vieux foudres de chêne, la demi-obscurité du chai, la solitude du caviste, le doux bruit de la fermentation n’ont pas été les lointains précurseurs de ma passion pour les vins mutés. Leur grande aptitude au vieillissement leur permet de voyager dans le temps, sans subir les désagréments des années qui passent. Pourtant, nous n’hésitons pas, lors de ce vieillissement à les pousser à l’extrême : bonbonnes de verre en extérieur, élevage en barriques sans ouillage, cuves à moitié remplies… Ils ne sont que meilleurs après avoir connu toutes ces situations.

Actuellement, en évoquant le Rivesaltes, le vigneron du Roussillon pensera à la grande " crise des Rivesaltes ", due à un manque de reconnaissance (méconnaissance ?) de la part des dégustateurs, lui préférant systématiquement son lointain cousin du Portugal. Il en oublierait même que ce vin était en 1816 classé comme : " Le Plus grand Vin du Royaume de France". Il était le vin des Papes, des Rois, des Présidents : Nous souvenons-nous seulement que le Président des USA Thomas Jefferson vouait un véritable culte aux Rivesaltes, allant jusqu’à les classer comme le " Must " des vins ? Et la mort du Duc de Clarence, frère d’Edouard IV, choisissant de finir sa vie, plongé dans un tonneau de Malvoisie pour adoucir ses derniers instants ? Les Rivesaltes seraient-ils les vins d’un passé désormais révolu ? En tous les cas, pas pour nous, leur histoire devra être transmise aux futures générations. Pour cela, je garde 8 fûts issues de la production de chacune des années de naissance de mes enfants, à redécouvrir dans plusieurs années.

Dans une semaine, je serai définitivement bon pour en oublier à nouveau 1800 Litres… Ouf ! on ne mourra pas de soif !

par Laurent de Besombes Singla publié dans : Le vin, la vie...
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Mardi 6 février 2007

Dés demain, départ pour Paris pour la visite trimestrielle de mes cavistes. Il y a quelques temps, je les visitais pratiquement tous les deux mois, et à l’époque certains m’ont rapidement pris pour un commercial, et c’est après quelques discussions qu’ils ont découvert ma face " obscure de vigneron " ! Je vous dresse le tableau : Un jeune homme d’une vingtaine d’année parcourant la Capitale bouteilles sur le dos par tous les temps, trempé les jours de pluie, transpirant les chaudes journées (si, si, ça m’arrive !), plan du métro dans une main, fiches techniques dans l’autre. Cette méthode des petits pas, arrondissement par arrondissement m’a permis un bon référencement chez ces indépendants du vin. J’ai connu leur création, leur succès, leur faillite…, leur disparition, leur agrandissement. L’accueil qu’ils me réservent n’a pratiquement jamais changé et on peut les classer en 10 catégories :

-L’étonné : "  Vous venez me voir sans rendez-vous ? "

-L’incrédule : " Mais, vous êtes vraiment vigneron ? "

-Le blasé : " Pffu, j’ai déjà le Domaine X, je vais voir… "

-L’arrogant : " du vin du Languedoc si cher ! "(….)  Au fait, Rivesaltes c’est le Roussillon… .

-Le calculateur : " Je fais pas ma marge avec tes prix ! Je veux de l’offert !".

-Le didactique : " Moi à votre place, je ferais deux remontages de plus… "

-Le franchisé : " J’aime bien, c’est vraiment bon… mais je peux pas acheter en direct "

-Le jamais content : " Avec Sarko et Ségo, on vendra plus rien "

-Le passionné d’où je repars toujours avec une bouteille.

-Le passionnant qui me tient en haleine une bonne heure.

 

Ils ont pourtant tous en commun leur amour des bons vins.

Leur travail de promotion est indispensable pour nous vignerons, leurs conseils, leurs encouragements dans les moments difficiles, leur compréhension de notre travail, leur vision du vin en font de véritables ambassadeurs du Domaine. Aller à leur rencontre est un vrai plaisir. En voiture !

 

Ps : Promis, un jour je publierai le guide des cavistes Parisiens vu par le vigneron

par Laurent de Besombes Singla publié dans : J'étais sur la route...
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Mardi 30 janvier 2007

Deuxième salon de l’année… Un concept plutôt sympa pour ce début d’année : Le Forum International d’Affaires de Montpellier. 263 producteurs, 165 importateurs venus de 30 pays, une multitude de petites tables, un coin Europe, un coin Amérique, un coin Asie, des rendez-vous de 45 minutes prévus d’avance, des hôtesses d’accueil, une organisation très pro, une cloche, des crachoirs poubelles, du gazon, et des bouteilles de vin à perte de vue…voilà pour les présentations.

Pour les rencontres, les règles du jeu sont inversées :ce sont les acheteurs qui nous reçoivent à leur table. De très bons contacts avec les quelques importateurs sélectionnés, de très cordiales discussions où j’essaie de faire passer ma vision et ma philosophie du vin. En français le discours n’a aucun mal à toucher son but, mais quelquefois l’affaire se corse en Anglais, mais pas tant pour la différence de langue…Oui chers lecteurs, je prends des cours d’anglais afin de réveiller en moi la fibre de " l’International Wine Business Attitude ", et alors là avec cet importateur, la fibre … comment dire… la fibre s’est brisée nette !

Lorsque l’on parle entre passionné, la langue n’est jamais une barrière. Le message et l’esprit du vin est rapidement compréhensible. Je vous raconte : après un échange solennel et courbé de nos cartes de visites, j’entame la présentation de la cuvée qui lui a donné envie de me rencontrer. Je lui parle de terroir, il veut connaître les cépages. Je lui parle de travail , il veut voir mes tarifs. Je lui parle d’agriculture Biologique, il me parle de taxes d’importation. Je lui parle de vins d’auteurs… et il veut une remise.

 

On ne parlait définitivement pas la même langue…

par Laurent de Besombes Singla publié dans : J'étais sur la route...
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