La semaine dernière, dîner avec un dégustateur d’un grand guide, en compagnie des deux vignerons du Domaine de l’Edre de Vingrau : présentation des domaines, dégustation des vins (Edre Blanc 2006 "futur" Grand du Roussillon! Précipitez vous il y en a peu…), questions habituelles et réponses en conséquence. Puis au gré du délicieux repas de " maître Jacques " du restaurant perpignanais Altres, une des questions à laquelle je souhaitais, depuis longtemps, répondre sur mon blog : Pour faire des grands crus doit-on obligatoirement avoir fait ses classes chez de grands vignerons ? En ayant appris une certaine façon de faire, n’en oublions nous pas l’inné au profit de l’acquis ?
Je n’ai jamais éprouvé l’envie d’aller voir ailleurs avant de comprendre le vin que pourrait me donner mes différents terroirs. J’ai opté pour la bonne vieille méthode de l’apprentissage du B.A-BA sur le terrain en vinifiant plus simplement pour de plus grosses structures. Il est important de porter un regard " innocent ", sans préjugé, ni vision arrêtée sur son terroir. Qui plus est dans mon cas où le vignoble existait avant moi…et existera, je le souhaite, après…
Je ne suis pas du genre " …du passé, faisons table rase… " . Le transfert de savoir doit se faire entre générations de vignerons.
Mais aujourd’hui, ayant des idées plus " sûres" sur le vin du Domaine Singla, je peux avoir l’esprit plus libre pour voir ailleurs, et observer le travail d’autres vignerons, sans chercher à l’adapter à ma façon de faire.
Je crois plus au terroir, à mes collines inspirées, à la mémoire des vieilles pierres, au savoir des sages (anciens ou jeunes), qu’aux bancs de l’école…
Je milite pour le droit à l’évolution, au changement, à la différence. Apprendre chez un grand vigneron, n’est ce pas se priver de cet esprit créatif inné du bon vigneron qui sommeille en chacun de nous. N’est-ce pas s’assurer de faire des vins qui ressembleront à ceux d’autres vignerons plus inspirés par leur histoire, et leur Terre ? A nous de faire fructifier cet imperceptible trésor, et de le partager. Je suis toujours étonné, lors des dégustations, de voir qu'une personne puisse percevoir ma façon de faire en buvant simplement un verre de mon vin ! Vraiment magique!
La passionnante mosaïque de terroirs du Roussillon impose à chaque vigneron de regarder sa terre, et de rêver son vin. Faute de quoi il s’interdira d’avoir la joie de voir naître dans sa cave l’expression de la spécificité de son terroir. D’ailleurs, je me pose la question, un vin doit-il refléter un terroir, ou la volonté d’un vigneron ?
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